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Au 51 ème Festival d’Avignon où les petites rues sont prises d’assaut par les nombreux habitués ou visiteurs nouveaux, qui essaient de choisir parmi les centaines de spectacles ou représentations proposés dans le cadre du OFF, nos pas étaient décidés. Dans la géante fourmilière culturelle que devient la ville du Vaucluse, nous allons à l’ « Espace Roseau », où la Scène nationale Tropiques Atrium présente deux créations dont « Le bel indifférent » de Jean Cocteau, mis en scène par Aliou Cissé. Il y joue au coté d’Astrid Mercier, superbe dans le rôle de cette femme amoureuse qui attend impatiemment son homme, qui ne lui offre qu’un insoutenable silence.

Il lit son journal, comme sourd à la complainte de celle qui l’aime. La femme trompée n’en peut plus, ce soir elle a décidé de se lâcher, de dire tout ce qu’elle a sur le cœur. Elle reste calme : « Où étais tu ?  Tu ne veux pas répondre comme d’habitude ! » »

L’homme infidèle qui vient d’entrer s’est assis. Il a pris son journal et lit. Imperturbable, indifférent. Elle reste calme, pèse ses mots. Entrée de son tour de chant, elle l’a attendu à l’hôtel, une fois de trop. « Monsieur fait ce qu’il veut et madame doit rester à l’hôtel, fermée à triple tour. »  Elle menace de prendre aussi des libertés, l’homme garde le visage plongé dans son journal.

Mais elle ne peut se retenir, elle va crier son désespoir. « Ton égoïsme dépasse les bornes. Tu as oublié que j’étais une femme, pas une chose... »

Dans le rôle de la femme abandonnée Astrid Mercier est remarquable. On ne la lâche pas des yeux alors que le bel indifférent, dans la peau duquel s’est glissé Aliou Cissé, lui jette à peine un regard. 

A l’Espace Roseau où deux pièces venues de Martinique sont présentées tout le mois de juillet dans le cadre du Festival d’Avignon,  les deux comédiens, dans une mise en scène dépouillée d’Aliou Cissé, font résonner le texte de Jean Cocteau, écrit pour Edith Piaf en 1940. 

Que le texte ait été écrit pour celle qui a si bien chanté l’amour, ne peut étonner. Elle qui, dans sa sublime chanson « A quoi ça sert l’amour », dit :

« Moi j’ai entendu dire que l’amour fait souffrir, que l’amour fait pleurer, à quoi ça sert d’aimer ?

L’amour ça sert à quoi, à nous donner de la joie, avec des larmes aux yeux, c’est triste et merveilleux. »

Astrid Mercier fait sur scène une impressionnante démonstration de cet amour triste et merveilleux. Même si à regarder le bel indifférent, qui réussit, sans un mot, à nous révolter autant que la comédienne, on s’interroge encore : A quoi ça sert l’amour ?

Mais le théâtre ne sert-il pas aussi à ça : à s’interroger.  

Lisa David

 

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