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Ce mercredi 15 novembre, deuxième jour de la séance plénière de la Collectivité Territoriale de Martinique commencée hier, sera abordé à l'ordre du jour, au point 64, le délicat dossier ALBIOMA. Précisément « La problématique du couplage de la Sucrerie SAEM-PSRM du Galion avec la Centrale Albioma Galion 2 ». Après l’Assaupamar, c’est par une lettre ouverte que l’Agence Martiniquaise de l’Energie interpelle le Président de la CTM, Alfred Marie-Jeanne, lui rappelant que « la Martinique est aujourd’hui classée troisième région dont l’air est le plus pollué de France après Paris et Lyon à cause de sa teneur en particules fines. » L’agence propose entre autres solutions, la tenue d’un référendum qui permettrait à la population, première concernée par les conséquences de la pollution, de s’exprimer sur cette centrale de tous les dangers.  

Lettre ouverte à  Monsieur Alfred MARIE-JEANNE
Président de la Collectivité de Martinique

J’ai l’honneur de vous informer que la Martinique est aujourd’hui classée troisième région dont l’air est le plus pollué de France après Paris et Lyon à cause de sa teneur en particules fines.

Les conséquences sanitaires sur la population seront catastrophiques et commencent déjà à l’être.

L’OMS publie régulièrement la liste reconnue des maladies induites par les particules fines, parmi celles-ci les maladies respiratoires qui touchent de plus en plus d’enfants en Martinique, les allergies, les maladies cardio-vasculaires, les AVC, le cancer et les maladies dégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

Le rapport du Sénat reprenant les chiffres des études nationales réalisées sur ce sujet fait ressortir 48 000 morts prématurés par an et 100 milliards d’euros de dépenses liées aux conséquences sanitaires et environnementales de cette pollution. Ramené à l’échelle de la Martinique cela représente sur la base de la moyenne nationale 400 victimes par an. Si l’on applique un coefficient correcteur lié au fait que nous soyons dans le top 3 des régions les plus polluées de France, le nombre de victimes peut être doublé voire triplé. En tout état de cause c’est déjà plus d’une trentaine de personnes par mois qui décèdent prématurément en Martinique à cause de la pollution atmosphérique. Vous avez d’ailleurs dénoncé cette situation dès juin 2015 et en octobre 2016 lors d’interventions spécifiques à l’Assemblée Nationale, rappelant le risque de renforcement de cette crise que représenterait le projet Albioma Galion II.

Ce qui est surprenant au premier abord c’est que selon le rapport relatif à l’étude du secteur automobile à la Martinique qui se base sur les chiffres préfectoraux d’immatriculation, il y a moins de poids lourds et de véhicules diesel en circulation aujourd’hui qu’en 2007, de plus les techniques de filtration des véhicules diesel se sont considérablement améliorées depuis cette époque (rapport à votre disposition). Or nous constatons une explosion de la teneur en particules fines dans l’air de la Martinique depuis cette période.

En dehors du transport c’est l’industrie thermique de production énergétique qui est la première source d’émission de particules fines (2,5 pm) et ultra-fines (1,5 pm), or  pratiquement toutes les unités de production thermique de la Martinique sont situées sur la côte Caraïbe sous le vent (voir document joint) sauf l’unité de production électrique thermique d’Albioma dénommée Albioma Galion I, turbine à combustion fonctionnant au gasoil d’une puissance de 40 MW/H et consommant 10 000 litres de gasoil à l’heure, 18 heures par jour depuis 2007. L’on constate que c’est à compter de cette période que la qualité de l’air a commencé à se dégrader à la Martinique et dépasser régulièrement les seuils de tolérance en particules fines, jusqu’à ce que nous soyons classés troisième région dont l’air est le plus pollué de France en 2016.            

Aujourd’hui se pose le problème du projet Albioma Galion II situé sur le même site que Albioma Galion I qui viendra renforcer de façon significative la pollution atmosphérique désastreuse déjà existante dans notre pays.

Selon le ministère de la santé et du développement durable, les organismes nationaux, européens et internationaux chargés de la protection de l’air, la première source d’émission de particules fines dans le monde est la combustion de la biomasse (Cf doc joint ). Il est aujourd’hui scientifiquement reconnu que la combustion de la biomasse émet autant de déchets toxiques dans ses gaz que le charbon fossile, mais dans des proportions différentes. Par exemple la combustion de la biomasse bois émet moins de soufre que le charbon fossile mais plus de particules fines et autant d’oxyde d’azote et métaux lourds que celui-ci. Quant au bilan carbone, si la biomasse est replantée c’est un bilan à carbone neutre différé sur 50 à 100 ans, et de ce fait ne peut répondre à l’urgence climatique actuelle, puisque cette technologie émet immédiatement du CO2 dans l’atmosphère et promet que ce CO2 sera réabsorbé dans 50 ans par les cycles naturels (voir dossier « La biomascarade ».). Le choix technologique et le modèle économique retenus par Albioma Galion II est une aberration pour la Martinique.

Une affaire qui ne fait que commencer compte tenu de l’organisation d’associations de malades et de médecins en cours et de réseaux d’implantation de détecteurs de particules fines individuels et collectifs centralisés et agréés CEE en vue d’actions ultérieures devant les tribunaux compétents.

Vous vous êtes en tant que Président de région à l’époque opposé à ce projet, en refusant de signer le transfert du foncier de la SEM du Galion à la société Albioma SA ( dénommée à l’époque Séchilienne - sidec). Aujourd’hui vous continuez à vous opposer à ce projet mortifère en refusant de signer le raccordement de l’usine Albioma à la SEM du Galion.

Vous avez également la possibilité de créer une zone de protection sanitaire interdisant la combustion de matières carbonées > 1 MW sur la côte au vent dominant de la Martinique (côte est).

Vous avez généralement la possibilité de créer une taxe d’octroi de mer dissuasive (50 à 100%) à l’importation de charbon ou de biomasse énergie (pellets, granulés et sciure etc) comme cela se fait déjà dans plusieurs pays libéraux membres de l’OCDE et signataires des accords de l’OMC.

Vous pouvez également et surtout comme nous le souhaitons, faire appel à la consultation populaire.

C’est la raison pour laquelle, Monsieur le Président, dans l’intérêt sanitaire de la population de notre pays, je vous demande de maintenir votre position de protecteur de la santé publique en refusant de signer l’autorisation de raccordement de la SEM du Galion à l’usine Albioma II, indispensable au démarrage légal de celle-ci que vous avez toujours combattu.

Les arguments avancés par ceux qui vous demandent de signer cette autorisation de raccordement sous prétexte d’une défaillance de la chaudière de l’usine du Galion en vous présentant un coût de 15 millions d’euros pour la remplacer ne sont pas sérieux. Ces informations n’ont pas été vérifiées par des organismes compétents agréés et surtout indépendants, il s’agit de discours et de proforma élaborées par ceux-là mêmes qui sont chargés de défendre les intérêts de la société Albioma. Ce que je vous suggère Monsieur le Président, c’est de faire expertiser la chaudière concernée par un organisme indépendant agréé. Nous sommes à l’Agence Martiniquaise de l’Énergie en relation avec plusieurs de ces organismes en Europe dont le plus important d’entre eux est français, spécialisé dans les expertises, réparations et installations de chaudières industrielles et matériel sous pression. Je pense que cette expertise indépendante préalable s’avère aujourd’hui indispensable à la sérénité des débats afin de vous permettre d’avoir une appréciation objective de la situation réelle de cette chaudière.

À l’issue de cette expertise plusieurs options :

-     la chaudière ne présente pas de problématique réelle d’urgence et peut fonctionner encore au moins une saison,

-     la chaudière nécessite une réparation, et est immédiatement réparable à un coût tout à fait acceptable comme cela se fait quotidiennement dans de nombreuses industries en France et en Europe :

-     soit elle est irrécupérable (cela semble impossible pour une chaudière de ce type selon les experts que nous avons eu au téléphone, il existe en France des chaudières de ce type en fonctionnement qui ont plus de 50 ans).

-     Une réparation à un prix raisonnable de cette chaudière, si elle s’avère nécessaire, permettrait de gagner du temps en vue de mettre en place une solution énergétique à haute qualité environnementale respectueuse de la santé des martiniquais et du développement économique endogène de la Martinique.

A l’Agence Martiniquaise de l’Énergie nous avons étudié ce besoin et proposons plusieurs solutions pour l’alimentation en énergie de la SEM du Galion. Toutes ces solutions sont endogènes, décarbonées respectueuses de l’environnement et de la salubrité publique et augmentent de façon significative l’efficacité et la rentabilité de la sucrerie. 

L’investissement nécessaire à celle-ci est inférieur à 5 millions d’euros qui peuvent s’envisager dans le cadre d’un partenariat public/privé avec une répartition dépendant de votre volonté politique. Nous sommes en relation avec plusieurs investisseurs privés et des organismes qui sont prêts à financer cette solution.

Monsieur le Président, nous sommes à votre disposition afin d’organiser une mission d’expertise indépendante de l’état réel de la chaudière et de ses besoins, par notre correspondant national agréé et à vous présenter nos solutions de remplacement énergétique disponibles.

Dans l’espoir que nos propositions innovantes et d’expertise apporteront leur contribution à la recherche de solutions efficientes au problème du Galion et de la filière canne dans le respect et la protection des salariés, de la santé des martiniquais et de l’environnement de notre pays, nous vous demandons de bien vouloir surseoir à statuer lors de la plénière du 14 novembre 2017.        

Je vous prie de croire, Monsieur le Président en l’assurance de ma très haute considération.

                                                                                                 

Fait à Fort-de-France le 12 novembre 2017

           F.J. MORIN

           Le Président.

 

PS : Documents joints : Carte pollution de l’air en Martinique

Rapport dangers de la biomasse

Rapport Biofuelwatch

 

 

                                                                                                                                                                                                                               

 

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