Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Caraïbes

Un premier chiffre annoncé, 30% de la population aura plus de 60 ans d’ici 2030 et surtout la Martinique se dépeuple. Serge Letchimy avoue qu’il a voulu créer un électrochoc. Devant les représentants de la presse, il s’est voulu pédagogue pour expliquer les raisons qui motivent son projet « Retour o pays » formulé par un amendement, lors de la plénière du 18 décembre 2014. « Aider les jeunes à revenir au pays, car nous avons besoin d'eux pour développer notre pays. »

Le président de la collectivité régionale dit avoir été interpellé par Georges Para, depuis son arrivée,  il y a 4 ans,  à la tête de l’Institut Martiniquais de Statistique et d’Évaluation des Politiques Publiques, outil de statistiques créé par la Région Martinique.  « Il n’a pas cessé depuis 4 ans de nous dire qu’en plus du vieillissement de la population, elle diminue ». 

Il cite le représentant de la banque de France, qui dans une réunion à l'hôtel Batelière, deux jours plus tôt, disait que le climat des affaires s’améliore, mais que cette tendance peut être freinée par une diminution de la population. Ce qui dans le public a créé un émoi, ajoute le président de Région.

Il est vrai que si depuis quelques temps on évoque le vieillissement de la population martiniquaise, sa diminution est moins connue et on peut comprendre l’effet de surprise.

Le Président de la Région cite trois chiffres : en 2006 on s’approchait des 400 000 habitants (398 000). En 2014  la Martinique compte 390.115 habitants. Et d’après les simulations  de la Région, en 2040 on risque d’être à moins 20 000 par rapport au chiffre de 2006, on sera à 378 000 habitants. On aura perdu en moyenne 1200 personnes par an.

                                              

Il explique les conséquences économiques : Un marché du vieillissement s’est instauré. « Ce marché captif drague tous les investissements : défiscalisation, fonds européens et fonds publics pour la construction d’ EHPAD » (Établissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes). 

Si la réalité de l’évolution constatée justifie ces EHPAD,  et si pour le BTP c’est une aubaine, cela ne se fait-il pas détriment d’autres dispositifs de défiscalisation ou de financements publics ? La question se pose. Autre constat, l’ouverture d’un marché du travail autour des  personnes âgées,  de leur accompagnement, de leur santé, du handicap...

L’attention des pouvoir publics étant tournée vers cette tranche importante de population qui vieillit, les politiques d’investissement sont  évidemment  moins orientées vers les besoins de la jeunesse. Le président de la Région rappelle qu’il n’y a pas de défiscalisation sur les programmes pour la jeunesse. Exemple, « une résidence spécifique pour la jeunesse ne bénéficie pas de la défiscalisation. »

Pour Serge Letchimy, sans négliger les personnes âgées, pour lesquelles on doit continuer àœuvrer, il faut une stratégie pour la jeunesse, en plus des dispositifs existants.

Rétrécissement du marché de la demande économique avec la diminution de la population.

« Le refinancement des équipements risque d’être plus difficile et le marché monétaire va lui aussi chuter ». Explication du président bien briefé par l’élu Jean Crusol, économiste de son groupe, assis à ses cotés :

Dans le marché de la masse monétaire brassée localement, il y aura un transfert d’environ 30% des salaires distribués, vers les retraites qui sont moindres. Ce sont des sommes moins élevées qui sont injectées dans l’économie.  Il est aussi évident que la prise en charge sociale par les fonds publics, de cette population vieillissante, plus fragile, est plus élevée. Pendant que les ressources s’amoindrissent à cause de la diminution de la population, les dépenses publiques augmentent.

Serge Letchimy souligne: « avec en plus la perfidie de l’Etat, de transférer toute cette prise en charge sur les collectivités qui ont des ressources qui diminuent. »

Face à ce constat, une position « choc ».

Et comme pour répondre à l’opposition qui s’étonne qu’il prenne un amendement à son propre budget, Serge Letchimy explique que volontairement, il ne l’a pas inscrit au budget, qu’il ne l’a annoncé à personne, même pas à ses collègues. « Personne n’était au courant, je me suis dit qu’il faut que je prenne une décision choc, pour que ça marque. Je me suis dit, je veux absolument réveiller la Martinique et nous réveiller nous même. »

Il insiste : « la proposition que je formule n’est que l’électrochoc que je souhaite. Je n’ai aucune prétention de dire qu’on va régler le problème avec ça.»

Puisque, « on ne peut pas lutter contre le vieillissement, il faut lutter contre le dépeuplement de la Martinique. » Et pour rester dans l’électrochoc, il propose une solution qui dit-il, a été testée dans les appels à projets localement : donner 15 000 € immédiatement, à tous ceux qui sont à l’extérieur et qui veulent revenir en Martinique, avec un projet insiste t-il.

2 millions d’euros ont déjà été votés pour l’année 2015. Dès que le projet du candidat au retour sera validé par une commission, il aura droit aux 15.000 €, sans condition et bénéficiera d’une prise en charge de son loyer personnel à hauteur de 4000 €. Un montant équivalent sera octroyé pour le loyer de l’activité et un accompagnement sera assuré pour l’ensemble des aides publiques pouvant être obtenues.

Le Président souligne que la réflexion est ouverte pour permettre le retour sans activités pour les Martiniquais qui veulent revenir travailler au pays, rappelant que « le BUMIDOM a saigné la Martinique, d’où cette catastrophe démographique ».                

Ouvrir la porte à l’immigration

« Il faut absolument ouvrir la porte à l’immigration ». Si Serge Letchimy est inscrit au groupe socialiste à l’assemblée nationale et pas membre des « frondeurs », sur ce sujet très clivant en France, il ne semble pas marcher sur les pas de ses amis socialistes. Et en plaisantant à peine il répond à d’éventuelles critiques : « Oui Letchimy est favorable aux Haïtiens, Letchimy est favorable aux Sainte-Luciens, aux Trinidadiens, aux Brésiliens. Oui, je l’assume ! » Et il ajoute : « c’est la première fois qu’un responsable politique, au plus haut niveau, dit clairement quelque chose comme ça ! »

Pour lui, il faut permettre la migration activité-retour, la migration sans activité retour, mais on ne tiendra pas le coup si nous n’avons pas un nouveau regard vis-à-vis du Mexique, du Panama, d’Haïti, de Saint-Domingue, de Cuba.  « Ce ne sera pas une immigration choisie, mais je n’ai aucune espèce de limitation à ce que les frontières de la Martinique soient plus ouvertes, pour des acteurs économiques, des scientifiques, des chercheurs.

Et une précision de taille est ajoutée, « les visas des affaires pour la Caraïbe doivent être réformés ». Pour conclure, Serge Letchimy rappelle que les élus ont voté l’amendement et donné mandat à la Commission permanente pour présenter un projet plus global, dans les 6 mois qui viennent. »

                                            

Miguel Laventure

Au cours de la conférence de presse est arrivé Miguel Laventure, chef de file des FMP (Forces martiniquaises de Progrès), le président a exprimé sa satisfaction de le compter parmi les participants, précisant qu’il aurait aimé que Daniel Marie-Sainte soit là, « mais nous ne sommes pas arrivé à le joindre ». 

Le groupe des Patriotes et sympathisants n’est pas tombé dans  le piège de la photo qui tue  

Le porte parole des Patriotes et sympathisants qui ont voté l’amendement « Migration retour » de la majorité,  répond que la veille, il a quitté la plénière qui s’est terminée un peu avant minuit, sans avoir reçu d’invitation. Dans un communiqué, au nom de son groupe, il réagit à la conférence de presse « impromptue » de Serge Letchimy :

« Lors de la  réunion de l’Assemblée plénière du Conseil Régional du 18 décembre 2014, Serge LETCHMY, usant d’une pratique peu habituelle, a présenté en séance un amendement à son propre projet de budget primitif qu’il a, lui-même, élaboré.

Cet amendement, il l’avait publié sur son blog officiel sur internet, le matin même de la plénière.

Il l’a baptisé « Migration retour » à l’intention des jeunes martiniquais émigrés voulant rentrer au Pays pour y réaliser un projet professionnel.

Reconnaissant là un projet que les patriotes avaient mis dans leur programme dit « Projet Martinique » élaboré en vue de la Consultation du 10 janvier 2010 sur la Collectivité Unique autonome dans le cadre de l’article 74, nous avons immédiatement fait connaître notre accord sur cet « amendement ».

Voulant amplifier ce coup médiatique, le président de Région a tenu, de façon impromptue, une conférence de presse pour se féliciter de l’unanimité sur son « amendement ».

                                    

 Daniel Marie-Sainte                             

 

Serge Letchimy a tenté le coup du renard mais les élus patriotes n’ont pas fait le corbeau. On imagine les retombées politiques pour le président de Région, pouvant afficher à un an des élections pour la collectivité unique, une photo avec Daniel Marie-Sainte souriant à ses cotés. Après la séquence danse à la Région, il n’y aura pas de vidé de bwabwa.

Les Martiniquais ont voté contre une poussière de responsabilité.

Les élus patriotes et sympathisants écrivent dans leur communiqué :

«  Lorsqu’en 2010, Alfred MARIE-JEANNE et les Patriotes proposaient des mesures qui favoriseraient les martiniquais en priorité, ce sont les néo-ppm, les premiers, qui nous accusaient de racisme et qui ont tout fait pour faire échouer la Consultation sur l’Autonomie dans le cadre de l’article 74. 

Or seul ce statut nous permettrait dans le cadre de la Constitution actuelle de mettre en place de telles mesures.

En effet l’article 74 dispose que : « des mesures justifiées par les nécessités locales peuvent être prises par la collectivité en faveur de sa population, en matière d'accès à l'emploi, de droit d'établissement pour l'exercice d'une activité professionnelle… » (Fin de citations) »

Le projet retour au pays risque bien de démontrer une fois de plus, qu’on ne peut pas tout le temps vouloir le beurre, l’argent du beurre et la fermière avec.

                                              

Chantal Maignan

Chantal Maignan, la présidente du Parti Régionaliste, ne démentira pas Daniel Marie-Sainte. En janvier 2010, celle qui était encore membre de l’UMP, commentait (« Politiques publiques »15/01/2010) un tract de « nonistes » :

« NON à l’autonomie déguisée : FAUX ! L’autonomie n’existe pas dans le cadre de l’article 73 qui garantit le droit commun : c’est bien ce que reproche le PPM à cet article. Par contre les Martiniquais pourront exercer la responsabilité locale pour des durées courtes prévue par les Habilitations. Qui pourrait s’en plaindre ?

En résumé : ils confondent article 74 et 73 ; statut et simplification administrative ; ils ignorent que le vote du 10 janvier annule de facto toutes les résolutions du congrès car nous sommes dans le droit commun avec les compétences de la Région et du département : rien de moins ; rien de plus !

Ils ignorent que la collectivité unique c’est comme la commune et l’assemblée unique c’est comme le conseil municipal. Rien de plus compliqué. »

 

Le « conseil municipal » de 2015 où Chantal Maignan veut être élue sur « la liste qui aura le meilleur programme », pourra t-il finaliser ce projet dans le cadre de l’article 73 de la constitution française, avec les seule habilitations accordées pour deux ans ?  Le gouvernement qui décide en dernier ressort, acceptera t-il une « discrimination positive » en faveur des  porteurs de projets Martiniquais ?

L’article 74 de la constitution permet de déroger sans autorisation préalable puisqu’il stipule que « des mesures justifiées par les nécessités locales peuvent être prises par la collectivité en faveur de sa population, en matière d'accès à l'emploi, de droit d'établissement pour l'exercice d'une activité professionnelle ou de protection du patrimoine ». Sa seule limite, le Conseil Constitutionnel qui vérifie la constitutionnalité des textes.

Sur les réseaux sociaux, les réactions ont commencé à pleuvoir dès l’annonce de ce projet retour au pays.

Et on ne la leur fait pas comme ça à nos jeunes, ils ont appris à ne pas rêver. Hélas ?

Nous avons puisé quelques réactions, sur notre page Facebook et avons choisi de ne pas afficher de noms :

         XXXXXX : Il va surement proposer à tous ceux qui ne sont pas martiniquais de repartir en abandonnant les postes qui auraient dû revenir aux natifs de l'île... 


          

XXXXXX : Bèf bétché an kan' bétché... Revenir pour être limitée... Revenir alors que péyi a bout'... revenir faire quoi??? Se remettre dans ce carnaval permanent où les jeunes ne peuvent s'affranchir et se développer... Revenir dans notre île chérie voir la misère au paradis... Même si ça part d'une bonne intention il en faudra plus pour me faire revenir dans mon île ou je ne peux que consommer sans être productive!!!

           XXXXXX : Il faudrait déjà que les collectivités y compris la Région respectent les entreprises en les payant dans les délais contractuels. Cela éviterait la mise en difficultés de nos entreprises martiniquaises.

‪D'autre part pour attirer nos martiniquais vivant a l'étranger et travaillant dans des multinationales il faudrait un net changement de mentalité face au travail en Martinique. Manager ici est un sacerdoce ...

            XXXXXX : Non mig ce n'est pas cela la cause du départ de la jeunesse. .En réalité il y a une propagande très ancienne qui veut faire croire aux martiniquais que leur salut c'est de partir et aussi un refrain repris par beaucoup que ce pays et ce peuple n'ont rien de bon . Ne pas partir c'est un échec les jeunes qui ne partent développent un complexe d'infériorité. Et de toute façon ce départ massif des jeunes s'inscrit dans le projet de génocide par substitution. Enfin il ne faut pas analyser ce problème en dehors des effets secondaires de l'émigration des années 60 (bumidom) et du vieillissement de la population

En fait je suis d accord avec vous deux mais je me dis que si dès 82 on avait mis du maraicher hors sol dans le sud, 1000ha d'igname avec les unites de transformation, lancer la transformation d'une partie de la banane en grain pour animaux, lancer l'elevage, faire du tourisme une cause nationale.... Etc etc... La Martinique 30 ans après serait quasiment autonome. Et attractive

           XXXXXX : Très bien...A condition qu'ils trouvent du travail..De quoi s'inscrire socialement et non végéter, perdre espoir..De vraies perspectives..Mais, à priori, une bonne idée...

           XXXXXX : Une idée venue d'ailleurs !!! Si Zemmour me gonfle je rentre.

 

Le désespoir qui gagne

Beaucoup de jeunes martiniquais ne se font plus d’illusions. Ils constatent qu'obtenir un emploi est garanti pour les enfants des salariés qui, dans les mairies et collectivités, ont fait allégeance au pouvoir en place.  Ils savent que sans un piston de Madame ou Monsieur X déjà bien installé dans la société martiniquaise, leurs chances sont réduites à zéro.

Les détenteurs du pouvoir économique sont-ils prêts à jouer le jeu de la solidarité nationale dans ce pays non nation, où confronté au chômage de nombreux jeunes choisissent la baston ?

Dans une interview accordée à « France-Antilles » (30 avril 2012), Chantal Maignan candidate aux législatives, promet, si elle est élue, de faire voter par le parlement une loi du « droit opposable au travail et à la première expérience professionnelle » Elle déclare au quotidien local :

« Plus de 60% de jeunes sont encore au chômage, soit parce qu'ils n'ont pas de formation, soit parce qu'ils sont diplômés mais sans expérience et qu'aucune entreprise martiniquaise ne veut leur donner leur chance. Sur le terrain, ils m'interpellent et me disent que les élus ne font rien pour eux. Ils ont le sentiment que le monde économique est sourd et aveugle à leur détresse. J'ai décidé de prendre mes responsabilités et de les aider à se rendre visibles et audibles. »

Elle n'a pas été élue. Pour les rendre rendre audibles et visibles, a t-elle offert des porte-voix aux jeunes qui laissent la rue de la protestation à leurs parents, ou des Smartphones pour leurs selfies ? On ne connait pas la suite mais sur les réseaux sociaux, ils ont été nombreux à réagir à l’annonce du projet retour au pays.

Si les politiques continuent à limiter leur ambition à la seule gestion de la dépopulation, ou à leur réélection, sans offrir à nos enfants qui sont aux pays, les moyens de s’épanouir selon leurs légitimes aspirations, la Martinique va continuer à se vider de ses forces vives. Comme la nature a horreur du vide, d’autres prendront les places laissées vacantes et prendront en main l’avenir du pays. Et  même si tout le monde braille Césaire, il y a un gros mot surtout pour la Droite, qu’on n’ose plus prononcer dans les rangs des politiques dits de Gauche : génocide par substitution.

Beaucoup de nos jeunes choisissent de partir ailleurs, de quitter la Martinique, pas seulement par manque de travail, mais aussi à cause d’un climat de désespoir qui y règne. Trop souvent on entend que « ça ne changera plus ».

A un an d'une échéance électorale importante, ce dossier ne se concrétisera qu'après l'élection de la collectivité unique. Nos responsables politiques pourront, passé le combat électoral, se mettre ensemble pour vraiment faire avancer ce pays.

Personne n’aimera plus la Martinique que les Martiniquais qui en étant bien chez eux auront envie d’accueillir le monde.

Lisa David

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aidez Freepawol

pour une presse libre

Dans la même rubrique...

Le Premier ministre de Sainte-Lucie,  Kenny Anthony, exhorte les  pays de la région à tenir compte des avertissements des scientifiques qui prévoient un tremblement de terre majeur,  qui pourrait p

D’après nos dernières informations, l’autopsie du corps du fonctionnaire de police, décédé d’un arrêt cardiaque au commissariat de Fort de France mercredi après midi 12 mars, ne conclue pas que les

Si les dernières élections municipales en Martinique ont eu au moins un mérite, c’est celui d’avoir permis de révéler l’impensé d’un certain nombre de commentateurs, journalistes

Pages

1 2 3 4 5 »

Articles récents

L’affaire se murmure dans les couloirs de la CTM, mais personne n’ose affronter le vent mauvais qui souffle depuis de longs mois dans la collectivité.

Cette obsession du drapeau français sous lequel nous cherchons désespérément une place, ne produit pas toujours le meilleur.

L’assemblée Générale du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) est une fois de plus reportée.  Présidé par Alfred Marie-Jeanne qui élimine sans crier gare toutes

La Confédération générale du Travail de Martinique (CGTM)  a déposé un préavis de grève de 24 heures reconductible qui débutera le 5 février 2019.

La lettre du Président de la République adressée aux Français est rendue publique.

Pages

1 2 3 4 5 »